17/02/2016

Mutuelles, qu’êtes-vous devenues ?

Qu’est-ce qui caractérise une Mutuelle par rapport à une SA ?

Comment les organisations d’assurance de l’économie solidaire et sociale doivent-ils évoluer sur un marché de consommateurs en mutation et dans un contexte règlementaire européen ?
La présentation de l’ouvrage de Michel ROUX* le 12 janvier dernier au LAB et les échanges qui ont suivis ont permis d’éclairer ces interrogations.
A la réflexion, on peut se demander si ces groupes de protection sociale (mutuelles d’assurance, mutuelles santé, IP) ne constituent pas en fait un modèle du XIXe siècle aujourd’hui complètement dépassé ?
Bien sûr, on arguera qu’une large part des activités d’assurance et de banque en Europe est le fait de ces structures. Indéniable !
On pourra avancer les spécificités, souvent martelées comme des slogans publicitaires (ou en mode méthode Coué) : solidarité, 1 homme/1 voix, but non lucratif, absence d’actionnaires à rémunérer, démocratie interne,…
Mais là, c’est plus contestable ! En effet, chacun sait que la pseudo-démocratie interne est bien maîtrisée et que le sociétaire n’a que peu de chances d’être entendu et d’ailleurs, ne s’intéresse que rarement au  fonctionnement de sa mutuelle.
Quant à la solidarité, nous nous trouvons face à un concept galvaudé souvent ressorti pour nous taxer davantage. En réalité, comme nous le démontrait André Comte-Sponville lors d’une conférence du LAB, la forme aboutie de la solidarité, c’est l’Assurance… et la technique est la même quel que soit l’organisme.
On a fréquemment entendu l’argument des conseillés non commissionnés… Soit ! Quid des objectifs qui leur sont assignés ?
La règlementation européenne semble ignorer cette catégorie de sociétés et ne prend véritablement en compte que les SA. Aussi, les organismes mutuels doivent s’adapter, fusionner, s’écartant encore un peu plus de leurs racines et perdent ce qui constituait pour elles un affectio societatis. Les caractéristiques locales ou professionnelles sont ainsi noyées dans des ensembles tentaculaires, gérées par les mêmes profils technocratiques (voire des transfuges) que ceux des SA.
Tous ceux qui, comme moi, ont travaillé à un moment de leur carrière dans ou pour la Mutualité ont de multiples exemples de dérives de ces organisations « sociales et solidaires ». Pour ne prendre que quelques exemples personnels vécus, je peux témoigner :
- de garçonnières à disposition d’administrateurs régionaux « montant » à Paris,
- d’emplois fictifs comme ces représentants de la CGT sensés faciliter les affaires de l’IP,
- de l’acquisition de chevaux de course par la caisse de retraite et opportunément logés dans le haras du DG (mais là, l’IGAS a eu sa peau !),
- le verrouillage des accès aux postes d’administrateurs des caisses locales mutualistes,
- de parties de chasse avec accompagnatrices accortes organisées par des dirigeants de mutuelles (témoignage d’un de mes anciens DG y ayant été invité),
- etc., etc.
Ces dérives sont-elles spécifiques aux organismes mutualistes ou peuvent-elles exister au sein des assureurs classiques ? Difficile d’être certain. Cependant, la surveillance et le reporting de plus en plus contraignant des maisons-mères allemandes, suisses ou britanniques sont telles que cela paraît peu vraisemblable…

S’il reste quelques racines vivantes du vrai mutualisme dans ce champ calciné, il serait urgent de les raviver car si les compagnies et mutuelles font globalement le même métier, les plus éthiques ne sont pas nécessairement celles qu’on croit…

 

*
Stratégie et gouvernance des institutions financières mutualistes (RB éditions - 2015)

19/09/2015

HUMAN PSYCHO

    

Human psycho.jpg

  Le transhumanisme, concept futuriste et imaginaire pour beaucoup, est en fait déjà une réalité.    L’implantation d’aides technologiques pour pallier les déficiences du corps humain (prothèses, pacemakers, etc.) est une avancée médicale unanimement saluée.
De là, il est maintenant envisagé « d’améliorer l’existant » ; ex. de redonner un peu de vision à un aveugle, on s’approche de la vision normale et demain une vision « augmentée ».
Le mixage de l’humain et de la biotechnologie est en marche ; il peut atteindre des résultats qui méritent une réflexion approfondie en termes d’éthique.
Et si le couplage IT/Humain permettait d’atteindre l’immortalité ? Depuis plusieurs année déjà Laurent Alexandre* nous prévient : l’homme peut vivre 150 voire 250 ans en étant « réparé » au niveau de l’ADN ; il peut être modifié pour retarder toujours cette fatalité (voir son ouvrage « La Mort de la Mort »)
Dans son premier roman, Alexandre RISPAL, assureur de son état nous emmène dans un monde qui a réussi la prouesse de l’immortalité, en tout cas celle de l’esprit.
Au-delà, ça fait peur, ça fait réfléchir ; apparemment, ce qu
e personne ne fait aujourd’hui.
Vous retrouverez Alexandre Rispal au Colloque du LAB le 17 novembre prochain.

01/09/2015

Une Innovation Socialement Responsable ?

  

Travail au noir.jpg

  En ce début de troisième millénaire, personne n’ose plus s’aventurer à critiquer une innovation -     surtout lorsqu’elle est technologique - au risque de passer pour un ringard ! Il est même de bon ton de s’enthousiasmer pour les nouveautés en matière d’économie collaborative et de systèmes parallèles.
Chacun peut devenir fournisseur de service et dans un certain nombre de cas, venir concurrencer les acteurs professionnels. On évoque fréquemment la « destruction créatrice » chère à Schumpeter…
Sauf que cette théorie fait référence à de nouveaux entrants qui sont des entreprises et non à des particuliers non soumis aux mêmes règlementations, aux mêmes charges sociales, à la même imposition pour ne prendre que ces quelques différences.
Créer des services qui n’existaient pas auparavant  est une avancée positive notamment :
. économiquement, comme de menus travaux de bricolage, de jardinage, pour lesquels il n’y a guère d’offre
. écologiquement, comme le co-voiturage
Le problème se corse lorsque cela constitue une concurrence déloyale (ex. des taxis, des hôtels, des transports), quand bien même la qualité du service peut être supérieure à celle offerte par les professionnels comme on peut le constater pour les taxis ; il est vrai qu’il est facile de faire mieux en termes service…
Les politiques ne devraient-elles pas accompagner les changements plutôt que d’entériner sans réagir une doctrine économique d’un autre siècle? D’ailleurs, on sait que toutes les doctrines économiques sont fausses et, surtout, ne permettent jamais de prédire le futur.
L’activité aujourd’hui créée au travers des réseaux sociaux est exempte de cotisations santé, retraite, chômage, de TVA, d’IRPP, etc., au détriment de ceux qui s’en acquittent ; en effet, il est peu probable que ces nouveaux acteurs économiques optent pour le statut d’auto-entrepreneur, même avec une franchise fiscale. Ainsi, louer sa voiture, son habitation, son temps libre, constitue de fait du « travail au noir ».
L’objectif des 35h était-il de dégager du temps libre pour favoriser ces activités parallèles ? On peut en douter !
La généralisation de certaines pratiques d’économie collaborative peut conduire à scinder la population en deux catégories :
. ceux se contentant d’un maigre salaire – voire seulement d’allocations – pour autant que cela leur laisse le temps de développer une activité souterraine,
. ceux qui ont un vrai job correctement rémunéré et qui supportent l’ensemble des impôts et charges sociales. Déjà, Manuel Valls l’a rappelé e 30 août à La Rochelle : 10% des français paient 70% de l’impôt sur le revenu !
Face à ce glissement, que peuvent donc faire dans leur domaine les assureurs citoyens?
. Choisir les investissements dans les FinTech selon des critères socialement responsables
. Etre circonspects quant aux garanties accordées dans le cadre des systèmes d’économie collaborative destructeurs d’emplois au lieu de délivrer des garanties complémentaires les favorisant.
.Etre vigilant sur l’origine des sinistres.

 

13:09 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)