01/05/2022

La fermeture d'ING France

LETTRE OUVERTE A FREDERIC NIEL, Directeur de la banque en ligne d’ING.

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Cher Monsieur,
J’ai appris récemment et principalement par des canaux autres que la banque que votre établissement fermerait ses portes en France dans le courant de cette année.

De nombreuses semaines se sont passées entre le moment des rumeurs, celui de l’information dans la presse et, enfin, la notification aux clients.
Pendant de longues semaines, rien n’était annoncé sur le site ; ce n’est que par courrier du 8 avril que l’information officielle a été délivrée.
Apparemment, Boursorama a été choisie pour le transfert des comptes ; mais pas tous…
Présentée comme la meilleure solution bancaire alternative, il nous est demandé d’autoriser la migration des comptes clients vers cette entité.
Derrière ce qualificatif de « meilleure solution alternative », aucune précision n’est donnée – en tout cas tant que le client n’a pas donné son accord – quant aux conditions concrètes et notamment :
.le montant des frais de tenue de compte ou leur absence (comme chez ING),
.les options de carte bancaire, leur contenu (assurance et assistance par ex.), leurs limites, leur coût,…
.les produits complémentaires qui seront à notre disposition, notamment en matière d’épargne,
.la gestion du compte en ligne : le site d’ING étant pour moi un exemple de facilité (excepté pour le PEA) et titulaire de comptes dans d’autres établissements, je ne peux qu’être inquiet quant à l’ergonomie du futur compte. Une vidéo de présentation des fonctionnalités aurait été un minimum !
D’ailleurs, on ne peut pas dire que Boursorama se précipite pour l’accueil de ces nouveaux clients…
ING a longtemps été une référence en matière d’innovation et de relation client. Votre établissement a, pendant plusieurs années, été partie prenante des échanges professionnels. J’ai eu plaisir personnellement à organiser dans votre siège parisien de nombreuses conférences pour le compte de l’ADETEM (Association des Professionnels du Marketing) et pour le Laboratoire Assurance Banque que je dirigeais.
La gestion de votre retrait est désolante et montre que les meilleurs benchmarks peuvent devenir les pires.

Veuillez agréer, Cher Monsieur l’expression de ma considération distinguée.

 

Christian PARMENTIER

14/02/2022

Repousser les limites de l’Assurance

Repousser les limites de l’Assurance, un impact fort sur les métiers.
Repousser les limites de l’Assurance, de nouveaux métiers à inventer.
Elargir le champ de l’Assurance impose notamment de revisiter les métiers.

 

Historiquement, l’Assurance est régie, d’une part par la règlementation et le Droit et, d’autre part par sa capacité technique à gérer des risques. Elle intervient dans le cadre de règles qui lui sont imposées : Code Civil, Code des Assurances, règlementations diverses, garanties définies par la Puissance Publique (garanties obligatoires, panier de soins, etc.).

Sa capacité d’intervention est aussi limitée au plan technique et financier : SMP, fréquences, anti-sélection,… Cependant, des dispositifs spéciaux ont été créés pour élargir les possibilités de couverture : CATNAT, coassurance, réassurance,…

L’introduction du Marketing dans l’assurance dans le courant des années 70 a fait prendre conscience des distorsions entre les besoins (définis par l’assureur) et les attentes des consommateurs.
Néanmoins, cela n’a fait évoluer la profession qu’à la marge : extensions de garanties (ex. valeur à neuf), multirisques,… bien que des avancées notables aient été opérées, comme avec la Convention IDA, la généralisation des prestations d’assistance, etc.

Au final, l’Assurance reste pourtant mal aimée et pâtit d’une mauvaise image et de défiance alors que l’idée même d’assurance est basée sur la confiance réciproque ! On notera au passage la discordance entre les conversations (au café du commerce ou sur la toile), la presse et les résultats des baromètres de satisfaction ou de relation client !
La tendance actuelle est à l’innovation technologique et au verdissement de l’assurance. S’agit-il de réelles attentes des clients ? Le doute est permis lorsque l’on sait qu’une majorité de consommateurs est favorable au respect de l’environnement, aux conditions de fabrication et à la proximité de production, mais qu’en situation d’achat, ils choisissent le produit le moins cher fabriqué à 20.000 km !
Quant à simplifier l’assurance, est-ce une utopie ?
Oui, car la matière est complexe, liée à la règlementation et au Droit et comporte de multiples intervenants (assureur, assuré, victime, ayants-droit, experts, intermédiaires, réparateurs,…).
L’assurance en 3 clics est une chimère car elle écarte l’identification des besoins qui est indispensable même pour les risques de masse (usage réel d’un véhicule, déclaration des conducteurs, protections vol, existence de dépendances, activités annexes, etc.). Items que l’on retrouve bien souvent parmi les exclusions des conditions générales ou dans les déclarations pré-imprimées des conditions particulières !

Et malgré des tentatives de clarification, personne ne lit jamais son contrat. Quand bien même ce serait le cas, qui en évaluerait correctement la portée ?
A moins que l’on ne se dirige vers des formules Tout-Sauf ; mais il s’agit là d’un point bloquant avec les techniciens…

Couvrir le plus largement possible les risques majeurs : la pandémie du covid a montré que les assureurs n’étaient pas armés face à de telles situations. Pourtant, c’est bien ce qui se profile pour les prochaines années : risques climatiques, cyber-risques, pandémies,…
Alors que de son côté, l’Etat invente le « Quoiqu’il en Coûte » les assureurs pourront-ils rester à l’écart ? Quel pourra être leur rôle ?

Diverses pistes s’ouvrent sans pour autant remettre en question les fondamentaux de l’Assurance :
. La prévention : grande oubliée pendant longtemps alors qu’elle fait partie intégrante de la mission d’assurance ;

. Rapprocher les intérêts de l’assuré et de l’assureur. Pour ce faire, il existe une garantie malheureusement trop peu souscrite : la Perte d’Exploitation. Certes, elle est plus facile à développer auprès des entreprises et professionnels, nonobstant la problématique du coût (mais qui serait partiellement résolue avec une couverture large). Sa mise en œuvre auprès des particuliers demande un peu plus d’imagination. Mais les services Marketing ne sont-ils pas là pour ça ?

. L’accompagnement tout au long du contrat pour toujours ajuster les garanties aux besoins (curieusement ce suivi a été rendu obligatoire par la DDI mais n’est pas mis en œuvre !), mais aussi lors d’un événement important qu’il soit garanti ou non.

. Développer des activités de service.
Bien que classée dans les activités de services, l’Assurance n’est pas un service. En tout cas, le fait de rembourser des dommages plusieurs mois après un sinistre n’entre pas dans ce cadre. L’Assistance, elle, est un véritable service car elle intervient sur place au moment du sinistre.
Mais au-delà du sinistre, l’assureur peut-il promouvoir des services ?
Il y a une dizaine d’année, le thème des plateformes de services était dans l’air du temps. On pouvait alors imaginer que sur le modèle de grandes plateformes commerciales - principalement américaines - l’assureur pourrait mettre à disposition de ses clients des produits ou services sélectionnés et négociés par lui. La réparation en nature existant déjà pour les sinistres MRH pouvait constituer une première marche en proposant ses services hors du sinistre (embellissement, isolation, travaux divers,…). Las, cette idée n’a pas été concrétisée et on voit mal comment aujourd’hui concurrencer les multiples plateformes qui se sont créées, sans parler des habitudes de consommation qui les ont accompagnées.

. Devenir « l’Ange Gardien » de l’assuré.  (C’est ainsi qu’un panel d’étudiants avaient rêvé l’assureur idéal lors d’une enquête menée par le LAB il y a quelques années).
Mais il y a là du chemin à parcourir (ou à regagner) car la processisation des métiers a tué l’initiative terrain, alors même que c’était le leitmotiv de la Total-Quality Management (années 90) où l’on ne parlait que d’empowerment…
L’engouement pour la Qualité a cédé la place au Digital. Mais à l’issue des nombreuses années « d’implémentation », les études montrent que les clients attachent une importance croissante à l’Humain. Nul doute donc que les métiers de demain donneront une place accrue à la relation, à l’empathie et à l’initiative… avec, bien sûr, le soutien de la technologie, notamment de l’I.A.

 

 

Christian PARMENTIER
Président du Think-Tank DEMAIN L’ASSURANCE
christian.parmentier@demainlassurance.org/

14/10/2021

AVIVA N’EST PLUS, L’ABEILLE RENAIT

abeille.jpgC’est donc bouclé, AEMA (Macif-Aesio) a racheté AVIVA.
Quelle déconfiture pour cette compagnie qui autrefois était l’une des plus – sinon la plus – solides de l’hexagone !
Pour rappel, Aviva, à l’origine, c’est l’ABEILLE IGARD (comprenez Incendie-Grêle-Accidents-Risques Divers). La Grêle est en 2e position car c’était le 1er acteur sur le marché agricole après les mutualistes dédiés bien sûr. Dans les années 80, le groupe s’est intitulé Abeille-Paix suite au rapprochement avec la compagnie La Paix. Finalement seul le nom Abeille est resté, La Paix devenant la filiale PJ.
Les caractéristiques de cet assureur figurant dans les 1ers privés (les plus importantes compagnies étaient des nationalisées) se trouvaient dans le sérieux, la rigueur tarifaire, l’excellence de son réseau d’agents qui exerçait d’ailleurs une puissance interne non dissimulée. Il est vrai en revanche que côté innovation, c’était plutôt le calme plat. Malgré tout l’innovation et la dynamique commerciale est présente au travers de l’AFER qui cartonne en assurance Vie ou de la direction Santé qui avait créé AMIS, filiale dédiée au courtage.
Dans les années 90, sans doute lié à l’évolution de l’actionnariat, la compagnie devient l’élément clé du Groupe Victoire (du nom de la rue du siège ; quelle créativité dans la recherche de nom ! On se croirait dans une IP). C’est à ce moment que le groupe décide de racheter à la famille Oppenheim la 2e compagnie d’Outre-Rhin : COLONIA.
Aventure de courte durée puisque cette dernière se retrouve vite dans le giron de l’UAP.
Puis les anglais rachète l’Abeille, lui rattache Norwich Union France (qui était un fleuron de la VPC et qui, à partir de là ne cessera de dégringoler), et adopte le nouveau nom du groupe britannique AVIVA.
Au début, on croit que c’est une marque de lait, mais non !
Les dirigeants se succèdent et finalement, c’est celle dont les dirigeants de l’Abeille (comme ceux des autres compagnies) annonçaient la mort prochaine lors de son lancement, qui rafle la mise : la MACIF.
Quelle leçon ! Quelle misère pour ceux qui ont connu les belles heures des Abeilles comme disaient un jour les hôtes canadiens ! Quelle tristesse pour les agents, si compétents !

Mais dernier rebondissement, le nouveau groupe décide de reprendre le nom ABEILLE. Une bonne nouvelle pour les nostalgiques et un peut-être un espoir de voir renaître les UAP, AGF, AZUR, Préservatrice ?
L’avenir nous dira comment évoluera ce nouvel assemblage… Mais ceux qui ont vécu le rachat du GAN par un mutualiste (Groupama) ont tout lieu d’être inquiets…