08/02/2016

LA RELATION CLIENT en Assurance : Une fausse bonne idée ? Ou faut-il réveiller l’ours qui sommeille ?

Depuis maintenant pas mal d’années – et avec une recrudescence certaine depuis la loi Hamon – les assureurs (enfin, pas tous !) s’agitent sur le thème de la Relation Client. Les consultants et stratèges en tous genres n’ont de cesse de rappeler qu’une fois la souscription effectuée, le contrat ne génère guère de contacts : paiement de la cotisation (maintenant généralement prélevée) et sinistre éventuel. Il semble donc urgent de développer une relation plus régulière et de bonne qualité (tant
 qu’à faire !) avec les clients si l’on ne veut pas les voir partir dès la première sollicitation de la concurrence.
Ainsi, la parade au taux de churn en progression serait d’accroître la communication avec l’assuré. Mais pour lui dire quoi ? Pour lui apporter quel service ? Et avec, en corollaire, quel risque ?
Car, en effet, si l’assuré sommeillant est un risque de défidélisation, celui que l’on réveille peut en être un encore plus grand !
. Le prélèvement des cotisations, et plus encore leur mensualisation, a fortement atténué la douleur du règlement en une fois de la prime annuelle. Réactiver le client risque de le sensibiliser à cette dépense contrainte…
. Fournir de l’information sur les garanties du contrat, notamment sur celles généralement ignorées du souscripteur est un facteur – aux dires de nombreux gestionnaires – d’augmentation de la sinistralité…
. Faire un point régulier sur les couvertures permet au client de mettre à jour ses connaissances et accroît sa capacité à engager une comparaison,  à prendre conscience de l’inadaptation de ses contrats (ex. garantie dommage encore présente sur véhicule âgé, capital mobilier ayant suivi l’évolution de l’indice,…) avec les risques associés, c’est-à-dire, a minima de réduire le chiffre d’affaires…
. Réveiller le client fidèle peut lui faire prendre conscience de l’évolution de ses cotisations dans le temps (indexation, revalorisations, presse-boutons, bonus au taquet,…) et les comparer aux tarifs promotionnels accordés aux affaires nouvelles …

Non, bien sûr, je ne milite pas contre le développement de la Relation Client, bien au contraire !
J’ai passé une bonne partie de ma carrière de marketer de l’assurance à essayer de convaincre mes collègues et dirigeants.
Mais en y réfléchissant bien, je comprends mieux pourquoi ce sujet n’avance guère dans notre profession…

01/02/2016

Quels enseignements, quelles perspectives après la mise en place de la Loi Hamon concernant la résiliation infra-annuelle ?

Plusieurs dirigeants interrogés par le cabinet Eurogroup dans le cadre d’un livre blanc ont donné leur version de la mise en application de cette loi ; visions pas nécessairement identiques, voire parfois nettement opposées.
Sur le terrain entente, on s’accorde généralement sur le fait que 2015 a été une année de transition, la prise d’effet réelle de la loi se faisant au fil des mois et que l’impact devrait être plus sensible en 2016. Cependant, personne ne s’attend à un cataclysme, tout au plus une croissance du churn de l’ordre de quelques points, arguant que le marché français des assurances auto et habitation est l’un des plus compétitifs d’Europe.
De même, il est plus que vraisemblable (et déjà enregistré dans leur taux d’activité) que l’activité des comparateurs sera en croissance, même si certains leur reprochent toujours leur manque de représentativité, voire leurs liens capitalistiques !

La grande différence de perception se situe au niveau de l’impact sur les tarifs. En effet, si pour certains, l’augmentation du churn est de nature à favoriser l’augmentation des tarifs, pour d’autres, la saine concurrence ne peut que les faire baisser ; et l’argument du libre choix de garages et du renchérissement des coûts de gestion n’est pas retenu.
Par ailleurs, la question de la mutualisation des risques est soulevée car en hypersegmentant et donc en sélectionnant davantage les bons risques, on risque de priver une partie du marché – notamment les jeunes – de possibilité de s’assurer. Cela-dit prôner la solidarité de place par une prise en charge obligatoire d’une part des mauvais risques relève de l’illusion.
Ce qui est certain, c’est que la question de la fidélisation de la clientèle (thème que j’avais lancé en 1991 au CAPA) est plus que jamais à l’ordre ; à moins que ce ne soit trop tard comme j’incline à penser.
En tout cas, les opérations de multi-équipement devraient se multiplier, au bénéfice premier des bancassureurs qui maîtrisent parfaitement cette technique.
Néanmoins, on devrait assister à une réorientation des budgets commerciaux de l’acquisition vers la fidélisation ; alors, finis les mois gratuits ?
Il reste que le processus de fidélisation est un peu plus complexe que le simple multiéquipement et qu’une vraie relation client dans l’assurance est encore à inventer.

15/01/2016

LA COMPLAINTE DE L’EPARGNANT

 La baisse continue des taux de rendement de l’épargne plonge l’épargnant dans un désarroi inédit.          
Je parle bien entendu de celui appartenant au segment médian, c’est-à-dire écrêté de la gestion de  patrimoine.
En 2016, quelle stratégie d’investissement mettre en place si l’on dispose d’une capacité « moyenne » d’épargne ? . Adieu les livrets, « A » et ses petits frères, dont les rendements annoncés pour l’année sont inférieurs à 1%. . Finie l’Assurance Vie en Euros dont on n’espère guère que 1 à 2 % de marge nette, et encore, si les taux ne chutent pas davantage, ce qui amènerait le rendement net à flirter avec le 0%. En effet, les réserves et manip comptables ne sont pas inépuisables et les taux actuels artificiellement gonflés ne pourront être maintenus. . Méfiance quant aux UC qui font miroiter des intérêts supérieurs (au regard des performances passées, toujours..), mais qui exposent les souscripteurs à des pertes en capital loin de l’esprit même de l’assurance. On sait qu’une majorité de clients sont réfractaires au risque et, dans le même temps, on assiste aux satisfécits  d’opérateurs augmentant leur taux d’UC en portefeuille ; et tout ça dans un contexte de Devoir de Conseil : cherchez l’erreur !
On n’évoquera même pas les formules hybrides comme l’Eurocroissance, créées par le grand marketer de l’Assurance, c’est-à-dire l’Etat, que personne ne veut, à commencer par les assureurs eux-mêmes !
. Les OPCVM ne proposent qu’une alternative entre la quasi-absence de rendement (obligations) et la mise en risque (actions) ; ce qui ne répond pas aux attentes du marché. Leur détention dans le cadre de comptes-titres ou de PEA ne concerne que les plus téméraires, de même que l’investissement dans les start-ups.
. L’immobilier d’investissement : pour un particulier, acheter un bien immobilier en vue de la location représente, aux dires de nombreux propriétaires, un avant-goût de l’enfer : aléa du marché immobilier pour la revente, fiscalisation de la plus-value éventuelle, gain net de la location souvent proche de 1%, dégradations à réparer en fin de bail, encadrement des loyers, non-paiement des loyers, impossibilité d’expulsion,…
Reste la Pierre-Papier (type SCPI ou OCPI) qui promet un rendement attractif (de l’ordre de 5%) sans certains des inconvénients de la propriété directe. Mais peut-on mettre tous ses œufs dans le même panier de l’immobilier, surtout lorsqu’on est déjà propriétaire ?
. Bien sûr, on n’évoque même plus les valeurs refuges comme l’Or ou les pierres précieuses…
. On peut être tenté par les œuvres d’art qui ne peuvent être envisagées qu’à long terme et que le fisc continue d’épargner en ISF (jusqu’à quand ?) mais le ticket d’entrée est de plus en plus élevé, même maintenant pour les véhicules de collection.

Au final, face à ces options peu satisfaisantes, quels choix s’offrent à l’épargnant moyen ?
- des produits peu adaptés à ses attentes
- une absence de conseil vraiment orienté besoin (celui du client, pas celui de la compagnie désireuse de diminuer ses allocations d’actifs dans le cadre de Solva 2 !)
- une relation biaisée avec des commerciaux contraints par des « objectifs compagnie ».

Alors, si en 2016, les assureurs Vie se mettaient à vraiment penser client et à imaginer des produits qui ne soient pas inventés par l’Etat ou juste conformes aux exigences de solvabilité ?

We can dream, can’t we ?